Jour 2 : la maison familiale

#Genealogie7Photos
Sophie Boudarel nous propose de raconter notre histoire familiale en photos, pendant une semaine, avec un thème différent chaque jour. Voir toutes les photos de ce défi

Quelle que soit la branche vers laquelle je me tourne, ma famille n’a guère possédé avant la première guerre mondiale, et en tout cas pas assez pour que s’impose une maison de famille au sens où je l’entends (où je le fantasme ?) : une maison qui traverse le temps et sert de point d’ancrage aux cousines et cousins, vacances après vacances, génération après génération.

Une maison dans la famille

Ma tentation a encore été forte de revenir à notre enfance et de chroniquer en photos notre déménagement, en 1968, dans la maison que mes parents ont fait construire et qui a été notre cocon familial pendant plus de trente ans. Mais il fallait bien commencer à remonter un peu plus loin dans le temps, tout de même !

Creil, rue Henri Pauquet vers 1938

J’ai donc préféré la maison de mes arrière-arrière-grands-parents, peut-être les premiers de mes ancêtres à être devenus propriétaires des murs qui les abritaient. Et j’ai choisi cette photo où on devine Juliette à la fenêtre du bureau et Eugène sur le perron.

En février 1910, ils achètent le terrain sur lequel ils vont faire construire leur maison. Il est situé dans un nouveau quartier de Creil, gagné sur le marais, qui s’étend à la limite de Nogent-sur-Oise.

Acte d’achat du terrain transcrit aux hypothèques – Archives départementales de l’Oise, 4Q/p4 3964

Bien que je ne l’ai jamais connue, cette maison m’est proche car elle est très présente dans le récit familial. Ma grand-tante se rappelle très bien, lorsqu’elle était enfant, la fête qu’on allait souhaiter au grand-père Eugène chaque 13 juillet, en lui apportant invariablement un de ces hortensias qu’il adorait.

Elle n’a pas oublié non plus le ballet des moustiques, survivants de ce marais que les humains avaient eu l’outrecuidance de vouloir domestiquer. Avec d’autres conséquences indésirables, comme l’inondation de l’Oise envahissant leur nouvelle rue, alors que l’encre de l’acte d’achat n’avait pas encore eu le temps de sécher.

Mais cette maison, ils y tenaient pourtant comme à la prunelle de leurs yeux. À tel point que lorsque les occupants allemands y installèrent leurs bureaux en 1940, laissant les propriétaires confinés dans les deux seules pièces qu’ils voulaient bien leur concéder, Juliette refusa obstinément de décamper. Leurs meubles dégringolèrent un peu abruptement à la cave pour faire place nette aux nouveaux maîtres des lieux. Ainsi en fut-il pour cette armoire, restaurée depuis et installée dans mon séjour, qui me rappelle tous les jours le souvenir de mes ancêtres.

Malheureusement, Juliette devait payer cher son attachement à sa maison. Le 22 août 1940, à quelques jours de ses quatre-vingts ans, elle était emportée par une maladie gastro-intestinale mise sur le compte d’une eau impropre à la consommation.

Une enquête sur le terrain

J’avais bien sûr cherché à localiser la maison. La dernière adresse que j’en connaissais figurait sur l’acte de décès de Juliette puisqu’après sa mort, Eugène se rendit à la raison et accepta d’aller s’établir chez un de ses fils, au Kremlin-Bicêtre où il termina sa vie cinq ans plus tard.

50 rue Henri Pauquet… Ma déception fut grande car il n’y avait plus à cette adresse qu’un très moche hangar. Ni les deux maisons entre lesquelles il était coincé, ni aucune autre même un peu plus loin, n’avaient le moindre air de ressemblance avec de celle de Juliette et Eugène.

Ma grand-tante m’affirmait pourtant que la maison ne pouvait pas avoir été détruite, qu’elle était revenue à la cousine Colette dans le partage des biens des grands-parents ; mais il aurait fallu trop de travaux pour la remettre en état après l’épisode allemand alors elle avait dû la vendre. Malgré l’envie qu’elle avait de la croire toujours debout, tant de choses avaient pu se passer depuis les années cinquante…

Cependant, à force de me promener virtuellement dans cette fichue rue et d’en scruter le moindre recoin, j’avais fini par tomber sur une façade qui m’avait troublée. Même si elle présentait quelques écarts, sa configuration générale était tellement similaire ! L’encadrement de la fenêtre dans laquelle apparaissait Juliette… la balustrade du perron sur laquelle s’appuyait Eugène…

Mais je me trouvais au 75, quasiment deux-cents mètres plus loin et sur le trottoir d’en face ! Je ne pouvais pas écarter l’hypothèse de plusieurs maisons construites sur le même modèle au moment où la rue avait été lotie.

Il m’a fallu patienter jusqu’à un voyage dans l’Oise et une journée passée aux archives municipales de Creil pour pouvoir vérifier mon intuition : oui le numérotage de la rue avait été complètement chamboulé. En comparant le cadastre de 1967 avec celui de 1976, j’ai pu faire coïncider avec certitude le n°50 de 1940 et le n°75 d’aujourd’hui.

Et puisque j’étais sur place, j’ai confirmé encore la localisation de la maison en allant me balader dans le coin et en comparant la réalité du terrain avec une autre photo, prise cette fois sur l’arrière vers 1927, et sur laquelle ma grand-tante et mon grand-père jouent ensemble dans le jardin. Entre les toitures très reconnaissables et la fenêtre en arrondi, il y avait là encore assez de détails caractéristiques pour arriver à une certitude.

Même si elles ne sont pas d’une qualité exceptionnelle, je n’aurais rien pu faire sans ces photos de la maison…. car jamais il ne me serait venu à l’idée d’aller chercher le 50 au 75 !

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